TRAQUE DES BIENS PLAINTE DE L’ETAT DU SÉNÉGAL EN FRANCE Karim Wade principalement visé
Source :  Wal Fadjri : Dernière Mise à jour : 30/01/2013
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Dans la plainte déposée par l’Etat du Sénégal en France, c’est Karim Wade qui est principalement visé. A cause de ses fonctions élargies. C’est ce qui transparaît dans la déclaration du pool des avocats de l’Etat du Sénégal qui était en conférence de presse hier à Paris. L’enquête a été ouverte et le pôle financier de la justice française est sur la brèche pour démêler le vrai du faux.

(Correspondant permanent à Paris) - C’est maintenant officiel ! Les avocats de l’Etat du Sénégal ont rendu public hier après-midi lors d’une conférence de presse tenue à Paris, la plainte qu’ils ont déposée au nom de l’Etat contre tous «les agents publics sénégalais acteurs ou complices, contre les complices qui peuvent ne pas être des agents publics sénégalais». La plainte a été déposée le 27 novembre dernier et l’enquête a été ouverte moins de trois semaines après le dépôt. L’initiative a été prise, souligne Me Simon Ndiaye, par l’Etat du Sénégal. «C’est une première parce que dans les autres cas, ce sont les associations qui portaient plainte». Selon le coordonnateur du pool des avocats sénégalais, c’est une «dizaine de personnes» sénégalaises qui ont été citées dans la plainte. Mais c’est Karim Wade qui semble être la principale personne visée dans cette enquête. D’ailleurs, le dossier judiciaire porte son nom. «On peut l’appeler Affaire Karim Wade et autres», répond Me Ndiaye, refusant de donner les noms des autres Sénégalais cités dans la plainte. Mais il ajoute : «Ce qui emblématique dans le cas de Karim Wade, c’est qu’il symbolise une certaine façon de gouverner pendant une certaine époque, une façon de gérer les biens publics et un certain comportement vis-à-vis du citoyen». Mais Me Simon Ndiaye indique ce qui l’intéresse dans ce dossier, «c’est le travail technique». «Sur le plan du droit, compte tenu des fonctions qu’il occupait, je pense qu’il n’y a pas de comparaison à d’autres personnes en termes de responsabilités très élargies. Maintenant c’est l’enquête qui va déterminer si, au final, malgré le nombre de fonctions qu’il occupait à l’époque, il a fait son travail comme il fallait notamment en matière de gestion de biens publics», explique-t-il, précisant que «les affaires en général portent un nom».

De son côté, Me Khaly Niang qualifie Karim Wade dans cette affaire de «cerveau essentiel» à cause de ses nombreuses responsabilités rappelées par Me Simon Ndiaye.

Wade n’a pas été cité dans la plainte

Les avocats du Sénégal ont précisé que le président Wade n’a pas été cité dans la plainte. Mais qu’il reviendra à l’enquête de dire le degré d’implication des uns et des autres dans le cas où il est avéré qu’ils sont trempés dans le détournement de biens publics. «Son père n’est pas cité. Nous avons une plainte contre certaines personnes nommément citées et conte X. Et les autorités judiciaires ici, en fonction de l’avancement de l’enquête et des immunités que peuvent bénéficier certaines personnes, prendront des décisions à l’égard de ces personnes concernées. Ce sont les magistrats qui le décideront en fonction des éléments qu’ils ont et des règles de procédure», explique Me Ndiaye. «Si l’enquête a été ouverte, c’est parce que les éléments que nous avons soumis à la justice française sont sérieux. Sinon elle n’aura pas ouvert cette enquête», explique Me Simon Ndiaye pour montrer qu’ils tiennent le bon bout. La plainte déposée vise les biens qui se trouvent en France. «Nous avons trouvé des opérations qui sont menées ici en France ou au Sénégal, qui, selon notre analyse, constituent des infractions. Les transactions financières, des contrats signés au nom de l’Etat du Sénégal en violation des règles. C’est essentiellement des infractions financières. On est là dans le cadre du crime économique», déclare Me Ndiaye qui dit ne pas pouvoir confirmer si la justice française a découvert ou non deux appartements appartenant au président Wade comme cela a été annoncé dans certains médias.

Sur la lenteur de la procédure, Souley Fall, un autre avocat commis dans cette affaire, indique que «la procédure prendra le temps qu’il faudra parce que c’est une procédure complexe qui implique de nombreuses personnes qui étaient conseillers, avisées, et qui utilisent des méthodes sophistiquées».

D’autres zones géographiques sont visées, notamment les pays du Golfe et des paradis fiscaux. Dans ces pays, la stratégie à adopter par les avocats n’a pas été clairement définie. Selon les cas, ce sera des plaintes qui seront déposées ou des commissions rogatoires internationales qui y seront envoyées. Me Ndiaye a également soutenu le choix de la plainte au détriment des commissions rogatoires internationales parce que la plainte permet à la justice française d’utiliser tout l’arsenal juridique à sa disposition. «Avec la plainte déposée en France, le dossier devient celui de la justice française. Elle a les moyens de perquisitionner (…). Elle peut interpeller, demander des ressources nécessaires. Alors que si c’est une commission rogatoire, ça reste une procédure sénégalaise. Ce qui fait que la justice française doit se conformer à des droits différents et n’a pas les mêmes ressorts», se défend Me Ndiaye.

En tous les cas, il reviendra aux responsables du Pôle financier de la justice française de dénouer le vrai du faux. D’ailleurs les ministres français de la Justice et de l’Intérieur ont renforcé, selon les avocats du Sénégal, «les ressources humaines du Pôle financier pour gérer ce dossier».

Karim Wade n’est pas seulement traqué au Sénégal

 IL EST CONVOQUE A LA BAG DU PALAIS DE JUSTICE

Ousmane Ngom va s’expliquer ce matin sur sa fortune présumée

L’ancien ministre de l’Intérieur devenu députés sans immunité parlementaire va s’expliquer ce matin à partir de 9 h sur sa fortune présumée. Le responsable libéral a reçu hier sa convocation des mains des limiers suite à la demande du procureur spécial près la Cour de répression de l’enrichissement illicite. Un jour de danger pour Me Ousmane Ngom qui risque gros.

Après la levée de son immunité parlementaire votée par ses collègues députés jeudi 10 janvier, Ousmane Alioune Ngom qui avait refusé de se présenter devant la commission ad hoc de l’Assemblée nationale fera face aux enquêteurs ce matin. L’ancien ministre de l’Intérieur a été convoqué à la Brigade des affaires générales aujourd’hui à 9 h. Me Ousmane Ngom devra s’expliquer sur l’origine de sa fortune présumée. En effet, le procureur spécial près la Cour de répression de l’enrichissement illicite soupçonne l’ancien ministre de l’Intérieur de s’être enrichi illicitement durant sa fonction ministérielle. «Ayant reçu l’information selon laquelle l’honorable député Ousmane Alioune Ngom  aurait profité de ses fonctions gouvernementales passées pour s’enrichir de façon illicite, j’ai instruit le commandant de la section de recherches de la gendarmerie nationale (…) aux fins d’ouvrir une enquête pour élucider ces faits», avait écrit le procureur spécial Alioune Ndao dans une lettre adressée au président de l’Assemblée nationale demandant ainsi la levée de l’immunité parlementaire du député libéral. Ce qui signifie que Me Ousmane Ngom risque gros ce matin puisque Aliou Ndao semble décidé à fouiller dans la gestion de l’ancien ministre de l’Intérieur. Et s’il n’est pas convaincant, l’ancien ministre de l’Intérieur risque au moins de passer la nuit en garde-à-vue.

Me Ousmane Ngom ne sera pas en terrain inconnu puisqu’il a déjà déféré manu militari en juin dernier devant cette Brigade des affaires générales au Palais de justice et à la section de recherche de la gendarmerie de Colobane. L’ancien ministre de l’Intérieur était convoqué en pleine campagne électorale. Ce qui l’avait amené à refuser de déférer à cette convocation. Un acte qui lui vaudra d’être cueilli manu militari le 20 juin 2012 à Kolda par une unité de la Brigade d’intervention polyvalente (Bip).  Il sera libéré avant la fin de la journée. Me Ousmane Ngom était poursuivi pour les délits d'outrage à magistrat après son refus de déférer à la convocation du procureur de la République sous prétexte qu'il avait passé plus d'une heure 30mn dans le bureau de celui sans être entendu lors de sa première convocation.

Georges Nesta DIOP & Moustapha BARRY

L’ancien ministre de l’Intérieur devenu député a perdu son immunité parlementaire




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